Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un accueille lundi le président chinois Xi Jinping à Pyongyang, conforté par son alliance avec la Russie, son arsenal nucléaire et son peu d'envie de se rapprocher de Washington.
Pour Xi Jinping, dirigeant de la deuxième économie mondiale, cette visite de deux jours chez son voisin, la première en sept ans, vise à ramener Pyongyang dans le giron chinois.
Xi avait reçu Kim l'an dernier, avec d'autres dirigeants, à l'occasion d'un immense défilé militaire à Pékin et les deux pays ont depuis relancé des services de transports de passagers par les airs et le chemin de fer.
Le sommet de cette semaine devrait contraster avec la première visite de Xi dans ce pays isolé en 2019, quelques mois après l'échec d'une rencontre entre Kim et le président américain Donald Trump centrée sur la dénucléarisation de la Corée du Nord et l'allègement des sanctions.
Depuis lors, Kim a tissé des liens militaires et commerciaux plus étroits avec Moscou, renforcés par l'envoi de troupes combattantes aux côtés des Russes en Ukraine.
Il continue à développer ses capacités nucléaires au mépris des sanctions de l'Onu et verrouille la frontière nord-coréenne pour stopper le passage de migrants.
La Corée du Nord a cherché à démontrer sa puissance à la veille de l'arrivée de Xi, en annonçant samedi son projet de construction d'un destroyer de 10.000 tonnes et en réaffirmant dimanche son statut d'État doté de l'arme nucléaire.
"La visite de Xi à Pyongyang est un événement majeur et l'aboutissement de deux années de 'retour en force' pour Kim", pense Andrew Gilholm, analyste au sein du cabinet de conseil Control Risks.
NUCLEAIRE ET TOURISME
Les relations sino-coréennes se tendent par moments, notamment en raison du programme nucléaire nord-coréen que Pékin désapprouve.
La Corée du Nord veut éviter une dépendance excessive à l'égard de la Chine, avec laquelle elle partage une frontière de 1.400 km. Le soutien de la Russie permet de rétablir un certain équilibre.
"La Corée du Nord tire assurément des avantages économiques de son soutien militaire à la Russie", pense John Delury, chercheur principal à l'Asia Society.
Selon un diplomate, cette visite pourrait renforcer la coopération économique, alors que la Corée du Nord entame un plan quinquennal visant notamment à développer le tourisme et construire davantage de logements.
La Corée du Nord a fermé ses frontières aux touristes étrangers début 2020, imposant des mesures de contrôle de la COVID-19 les plus strictes au monde, se privant ainsi d'une source modeste mais importante de devises étrangères.
L'économie de Corée du Nord a fait des progrès, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de Singapour après sa visite le mois dernier, ajoutant que Pyongyang semblait peu enclin à dialoguer avec les États-Unis ou la Corée du Sud.
La Corée du Nord rejette l'idée d'une réunification avec la Corée du Sud qui mettrait fin à la partition en place depuis la guerre de Corée (1950-1953). Le président sud-coréen Lee Jae-myung reste favorable au dialogue et a demandé à Xi Jinping de soutenir ses efforts.
"Nous espérons que le président Xi jouera un rôle dans l’amélioration des relations intercoréennes grâce à la médiation du président Xi Jinping", a déclaré Moon Chung-in, professeur à l’université Yonsei de Séoul et ancien conseiller à la sécurité nationale d’un président sud-coréen.
(Reportage de Brenda Goh et Kyu-Seok Shim, avec Joyce Lee et Ju-min Park ; Version française Elizabeth Pineau)

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